Les deux derniers chapitres du Coran, la sourate Al-Falaq (113) et la sourate An-Nas (114), sont collectivement appelés les Mu'awwidhatayn (المعوذتان) — les deux sourates de protection. Ce nom vient de la racine arabe 'awdha, chercher refuge ou protection. Elles ne sont presque jamais séparées : toutes deux commencent par « Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur... » et ensemble elles couvrent tout le spectre des dangers auxquels une personne peut être exposée — le monde extérieur (Al-Falaq) et le combat intérieur contre les chuchotements de Chaytan (An-Nas). Uqba ibn Amir (ra) a rapporté que le Prophète ﷺ a dit : « Des versets m'ont été révélés cette nuit dont les semblables n'avaient jamais été vus auparavant — les Mu'awwidhatayn. » (An-Nasa'i)

Sourate Al-Falaq (113) : L'Aube

قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ الْفَلَقِ ۝ مِن شَرِّ مَا خَلَقَ ۝ وَمِن شَرِّ غَاسِقٍ إِذَا وَقَبَ ۝ وَمِن شَرِّ النَّفَّاثَاتِ فِي الْعُقَدِ ۝ وَمِن شَرِّ حَاسِدٍ إِذَا حَسَدَ
Qul a'udhu bi-Rabbil-falaq — Min sharri ma khalaq — Wa min sharri ghasiqin idha waqab — Wa min sharrin-naffathati fil-'uqad — Wa min sharri hasidin idha hasad

« Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur de l'aube, contre le mal de ce qu'Il a créé, contre le mal de l'obscurité quand elle s'installe, contre le mal de celles qui soufflent sur les nœuds, et contre le mal de l'envieux quand il envie. » (Coran 113:1–5)

Al-Falaq cherche refuge auprès d'Allah en tant que « Rabb al-falaq » — le Seigneur de l'aube, Celui qui fend l'obscurité en lumière, un rappel saisissant de Sa puissance sur le monde invisible. Elle cherche ensuite protection contre quatre types de dangers extérieurs : toutes les choses créées capables de nuire ; l'obscurité de la nuit et ce qui en surgit ; ceux qui pratiquent la magie en soufflant sur des nœuds ; et le mal de l'envieux lorsqu'il agit sur son envie. La progression va du général (tout mal) au de plus en plus spécifique, enseignant au musulman à nommer ce dont il cherche protection.

Sourate An-Nas (114) : Les Hommes

قُلْ أَعُوذُ بِرَبِّ النَّاسِ ۝ مَلِكِ النَّاسِ ۝ إِلَٰهِ النَّاسِ ۝ مِن شَرِّ الْوَسْوَاسِ الْخَنَّاسِ ۝ الَّذِي يُوَسْوِسُ فِي صُدُورِ النَّاسِ ۝ مِنَ الْجِنَّةِ وَالنَّاسِ
Qul a'udhu bi-Rabbin-nas — Malikin-nas — Ilahin-nas — Min sharril-waswasil-khannas — Alladhi yuwaswisu fi sudurin-nas — Minal-jinnati wan-nas

« Dis : Je cherche refuge auprès du Seigneur des hommes, du Roi des hommes, du Dieu des hommes, contre le mal du chuchoteur qui se retire, qui chuchote dans les poitrines des hommes, parmi les djinns et les hommes. » (Coran 114:1–6)

Là où Al-Falaq s'attaque aux menaces extérieures, An-Nas se concentre entièrement sur l'ennemi intérieur : al-waswas al-khannas, le chuchoteur qui se retire. Le mot khannas désigne celui qui recule dès qu'Allah est invoqué — Ibn Al-Qayyim note que le dhikr est l'arme la plus puissante contre ce chuchoteur, qui se rétracte dès que la langue s'anime du souvenir d'Allah. La sourate invoque trois rôles d'Allah envers l'humanité — Rabb (Seigneur), Malik (Souverain) et Ilah (Dieu d'adoration) — comme trois types d'autorité offrant trois couches de protection.

Ce contre quoi les Mu'awwidhatayn protègent

🌙
Tout mal créé (Al-Falaq 2)
La protection initiale dans Al-Falaq couvre toute chose créée capable de nuire — une protection générale et globale avant que la sourate ne précise des menaces spécifiques.
🪄
Magie et envie (Al-Falaq 4–5)
La sourate mentionne explicitement la protection contre ceux qui pratiquent la magie des nœuds et contre le mal d'un envieux lorsqu'il agit par jalousie — deux dangers reconnus dans le Coran et la Sunna.
💭
Les chuchotements de Chaytan (An-Nas 4)
Al-waswas al-khannas recule dès qu'Allah est invoqué. An-Nas enseigne que l'antidote à la tentation intérieure est de chercher refuge simultanément auprès d'Allah en tant que Rabb, Malik et Ilah.
👥
Mal des djinns et des hommes (An-Nas 6)
Le dernier verset précise que le mal qui chuchote vient de deux sources — les djinns et les êtres humains — faisant de cette sourate la protection la plus complète contre l'influence psychologique et spirituelle.

Quand réciter les Mu'awwidhatayn

  • Adhkâr du matin et du soir : trois fois chacune, avec la sourate Al-Ikhlas — les trois Quls forment l'épine dorsale de la séquence d'adhkâr quotidienne.
  • Après chaque prière obligatoire : une fois chacune. Le Prophète ﷺ a demandé à Uqba ibn Amir de les réciter après chaque prière. (An-Nasa'i, Abu Dawud)
  • Avant de dormir : réciter les trois Quls, souffler sur les mains et les passer sur le corps trois fois. (Bukhari, Muslim)
  • En cas de maladie ou de détresse : le Prophète ﷺ les récitait sur lui-même lorsqu'il était malade.
  • En ruqyah : elles sont au cœur de la récitation thérapeutique islamique, invoquant la protection globale d'Allah.

Les Mu'awwidhatayn font partie des dons les plus pratiques du Coran — elles se récitent en moins d'une minute mais couvrent toutes les dimensions de la protection spirituelle et mondaine. Pour la séquence complète d'adhkâr à laquelle elles appartiennent, voir notre guide sur les adhkâr. Pour une compréhension plus profonde de la puissance de la récitation coranique, lisez notre article sur la sourate Al-Fatiha.

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